vivre

L’avocate

Caryma S'ad a tout risqué pour ouvrir son propre cabinet d'avocats en avril 2017. Abandonnant son travail insatisfaisant à Bay Street, elle s'est intéressée aux consommateurs et aux entreprises de cannabis. La majorité de ses dossiers portent sur des différends entre propriétaires et locataires, ainsi que des affaires criminelles liées à la possession ou à la consommation de cannabis.

En bref

Caryma Sa’d

Avocate

Twitter

@carymarules

Site Web

sadvocacy.com/

L'un de mes premiers clients fut un patient médical avec permis de culture de cannabis. Bien qu'il soit totalement en droit de cultiver du cannabis à la maison, son propriétaire ne l'aimait pas et a tenté de l'expulser au motif d'activités illégales, d'interférence avec d'autres personnes et de dommages-intérêts - tous ces faits étaient totalement infondés. C'était la première fois que je constatais comment les besoins médicaux d'une personne pouvaient mettre en péril son logement. C’était un cas très simple, mais mes recherches ont révélé qu'il s'agit d'une situation délicate, et il existe des cas où une maladie peut exposer un patient au risque de perdre son domicile.

Ce risque peut être aggravé dans une ville comme Toronto, où des problèmes comme le contrôle des loyers, les loyers non payés et et la montée en flèche des loyers rendent les logements rares et coûteux. J'ai commencé à m’intéresser en particulier aux causes de droits des locataires. De plus, les statistiques démontrent qu’à Toronto, les personnes noires ou autochtones ont plus de difficulté à traiter les plaintes liées au cannabis de la part de propriétaires ou de voisins ; elles reçoivent plus de plaintes, ce qui mène souvent à des inspections et à des mesures supplémentaires.

L'emploi est un autre problème important pour les consommateurs de cannabis. Comme le cannabis gagne la main-d'œuvre, il a, dans certains cas, créé des angoisses au sujet de la sécurité d'emploi. Ceci affecte en particulier les patients médicaux, qui sont maintenant sous les feux de la rampe. La conduite automobile est aussi particulièrement visée en ce moment, et les lois ne tiennent pas suffisamment compte des patients médicaux. La loi actuelle s'inspire du régime que nous avons en matière d'alcool, mais le cannabis et l'alcool sont des substances fondamentalement différentes. Les nouvelles lois permettent aux agents d’arrêter quelqu'un simplement sur un coup de tête. Ces zones d'ombre dans la loi affectent de manière disproportionnée les individus et les minorités pauvres et sans emploi.


J'ai commencé cette pratique parce que je veux aider les gens, dans le sens le plus large du terme.

J'ai commencé cette pratique parce que je veux aider les gens, dans le sens le plus large du terme. Mon rêve est de voir un jour une armée d'avocats et d’autres ressources de soutien qui défendront les intérêts tant des propriétaires que des locataires - parce qu'il est important de pouvoir argumenter les deux côtés de la médaille. Ce ne sont pas tous les propriétaires qui sont avares ou méchants : on peut travailler avec les administrateurs de copropriétés et élaborer des politiques équitables. Ça c’est un travail qui me plaît.

La légalisation est une occasion en or de créer des précédents, ce qui signifie que nous sommes à l'avant-garde de l'interprétation de ces lois et que, dans chaque affaire portée devant les tribunaux, nous créons des causes-types auxquelles le système juridique fera référence pour des décennies à venir. Je suis ravie d’être impliquée depuis le début, parce que je pense que c'est important. Ça touche tellement de gens.

 

Photographie d' Angela Lewis

 

Diriger mon propre cabinet est un travail qui dure sept jours par semaine ; je n'ai pas encore trouvé un bon équilibre travail/vie personnelle. J'avais sous-estimé à quel point il peut être épuisant de travailler pour régler les problèmes des autres. Je veux m'assurer d'être à mon meilleur pour mes clients, et je dois donc m'assurer de mettre mon « masque à oxygène » en premier. Mon mieux-être passe par la création d'un milieu de travail où je me sens bien. Par exemple, j'amène mes chats au travail avec moi ; ils traînent au bureau et se font des amis avec les commerçants voisins. Je garde de la crème glacée au frigo, parce que… pourquoi pas ? Et le cannabis fait partie de ma routine et de mon régime de soins personnels, bien sûr. Il y a eu des moments dans ma vie où je n'étais pas bien, et une fois qu'on a vu le « fond du baril », on sait qu'il ne faut pas y retourner. J'essaye d'écouter mon corps. Si c'est l'heure de la sieste, la pile de paperasse attendra !

explorer
développer
Savoir quand et comment obtenir des conseils juridiques
1

On me pose souvent la question suivante : devrais-je divulguer ma consommation de cannabis à mon propriétaire, même s'il ne me l'a pas demandé ? C'est une zone grise. Ma position, c’est qu’il est question de droit à la vie privée. Bien que ces droits doivent être soupesés face aux besoins des autres locataires, si aucun problème n'a été soulevé par les voisins ni par le propriétaire, je me demande même pourquoi on en parle. De l'autre côté, je suis partisane d'une discussion franche, ouverte et transparente. Sauf que parfois, ça peut se retourner contre vous. Ouvrez-vous inutilement une boîte de Pandore ? Ou prévenez-vous une situation fâcheuse ? Je pourrais donner des conseils différents à trois personnes différentes dans des situations très semblables. C'est une expression ennuyeuse d’avocat, mais « ça dépend ».

2

Si un problème est soulevé par un voisin ou un propriétaire, il est toujours préférable de parler à un avocat le plus rapidement possible. Là où les choses peuvent devenir délicates ou très coûteuses, c'est si quelqu'un tente de régler la situation lui-même, ou réagit en changeant ses serrures, ou en écrivant une lettre sans consultation. Certaines de ces mesures pourraient nuire à sa position juridique au bout du compte. Donc, si vous voyez venir un problème, je vous encourage vivement à investir dans une consultation avec un avocat, à exposer votre situation, vos préoccupations, vos craintes et vos appréhensions, votre objectif final et, en fin de compte, à vous sentir protégé.

3

La première étape officielle dans mon bureau est une consultation (payante). J'encourage les gens à venir avec tous les documents pertinents et à me confier le plus de détails possibles. Je peux alors déterminer quelles sont les questions juridiques en jeu ainsi que les prochaines étapes. Souvent, on peut régler les différends par une simple lettre. De nombreuses situations sont plus simples et moins dramatiques qu'elles ne le semblent à première vue.