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L’éducatrice

Barinder Rasode est la PDG de NICHE (National Institute for Cannabis Health Education), un organisme indépendant sans but lucratif qui effectue des recherches impartiales sur la production et la consommation de cannabis au Canada, fondées sur des données probantes. Établie à Vancouver, avec une vision nationale, NICHE a été créée en 2017 après des discussions avec les gouvernements fédéral et provinciaux, l'industrie du cannabis, les universités, les patients, les consommateurs, les organismes non gouvernementaux, les organismes d'application de la loi et plusieurs autres intervenants.

En bref

Barinder Rasode

PDG et fondatrice de NICHE Canada

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@barinderrasode

@NICHE_Canada

nichecanada.com

Le cannabis fait partie du plan de bien-être personnel de Barinder : elle prend du CBD chaque matin et une forme comestible de cannabis le soir pour favoriser un sommeil sain et réparateur. Tout au long de sa carrière (tant en matière de politique gouvernementale qu'en tant qu'élue municipale), sa mission a toujours été d'encourager un dialogue respectueux et éclairé entre intervenants sur diverses questions. Ces mêmes valeurs fondamentales guident aujourd’hui son travail dans le secteur du cannabis.

Je suis passionnée par les politiques publiques ainsi que par l'éducation, et rien ne me fascine davantage que de pouvoir éduquer les gens, voire même les faire changer d'avis. C'est pourquoi j'ai fondé NICHE CanadaJ'ai pensé qu'il était souhaitable d'établir des liens entre l'industrie du cannabis et les grandes entreprises, les industries de services professionnels et les associations qui se spécialisent en santé.

Mon introduction au cannabis fut extrêmement personnelle. Après avoir vu la mère d'une amie proche souffrir d'une maladie en phase terminale, elle a choisi de prendre du cannabis plutôt que de la morphine pour soulager sa douleur. J'ai été témoin de la façon dont le cannabis a aidé le père de cette même amie à faire face à l'anxiété de voir sa femme mourir : j'ai vu que les médicaments contre l'anxiété ne fonctionnaient pas pour lui, et j’ai vu qu’une simple vapoteuse au CBD faisait, au contraire, toute la différence. Cette expérience m'a amenée à pousser mes recherches plus loin. J'ai conclu que nos institutions sont rigides et que leurs politiques sont fondées sur des recherches et des processus qui sont désuets. C'était transformateur pour moi d’avoir accès aux faits réels. M’ouvrir à en apprendre davantage sur les véritables bienfaits du cannabis a changé ma vie.


Je suis passionnée par les politiques publiques ainsi que par l'éducation, et rien ne me fascine davantage que de pouvoir éduquer les gens, voire même les faire changer d'avis. C'est pourquoi j'ai fondé NICHE Canada. J'ai pensé qu'il était souhaitable d'établir des liens entre l'industrie du cannabis et les grandes entreprises, les industries de services professionnels et les associations qui se spécialisent en santé.

En ce moment, notre principal objectif avec NICHE Canada est de rendre la transition et la mise en œuvre de la légalisation aussi transparentes que possible en éduquant les gens de l’industrie ainsi que le public qu’ils desservent. Nous mettons l'accent sur l'éducation interculturelle avec la création de ressources pédagogiques dans plusieurs langues, dont le panjabi, le mandarin et le cantonais. Il est primordial de commencer par la communication.

Il y a un certain nombre de municipalités partout au pays qui se sont opposées à l'autorisation des dispensaires récréatifs, et je crains que ce nombre ne continue d'augmenter. Toutefois, si vous examinez la démographie de ces collectivités, il est important de noter qu'il y a une importante composante culturelle à cette tendance, car bon nombre ont une forte population provenant d’Asie. Des efforts sont déployés pour éduquer le public et les milieux d'affaires locaux à Toronto et à Vancouver, mais pendant ce temps, qui répond aux besoins d'endroits comme Markham et Surrey?

Bon nombre des préjugés négatifs proviennent d'expériences vécues, ce qui démontre à quel point la criminalisation du cannabis a eu des répercussions sur les membres de leur collectivité. Lorsque les communautés se concentrent sur ces impacts, elles ne tiennent pas compte des propriétés curatives potentielles de la plante. Les préoccupations du public (pour n'importe quel sujet, pas seulement le cannabis) découlent d'un manque d'éducation et de sensibilisation. La légalisation représente une grande transition pour ce pays, et cette transition exige que nous travaillions tous ensemble pour comprendre les besoins de tous.

 

Photographie d' Alexa Mazzarello

Les femmes en tête

 

Nous opérons Grow Tech Labs, où la priorité est d'accélérer la croissance des entreprises et des emplois dans l'industrie du cannabis. Notre objectif est d'éliminer les obstacles auxquels se heurtent les entreprises dirigées par des femmes ainsi que les entreprises autochtones. On prévoit que beaucoup de nouveaux consommateurs seront des femmes d'âge moyen, comme moi, qui prennent les décisions au sein de leur foyer. À mon avis, il est logique de veiller à ce que les femmes exercent des rôles de leadership dans cette industrie.

 

Tant de militantes de longue date et de leaders en matière de cannabis médical ont été des femmes, mais à mesure que l'industrie s'est orientée vers la légalisation, beaucoup de femmes n'ont pas réussi à conserver leur place sur les conseils d'administration et dans les postes de direction. Nous avons la responsabilité de combler cet écart, de suivre l'exemple d'entreprises comme 48North, avec deux femmes comme co-présidentes.

 

Il est important de passer de la parole aux actes. J’ai assisté à d’innombrables conférences, rassemblements et manifestations au fil des ans, où les femmes montent au front mais où rien ne change, en bout de ligne. Maintenant, nous avons la chance de bien faire les choses en priorisant les actions à chaque étape du processus.

 

Je pense que les femmes ont le pouvoir de provoquer le changement. Des études montrent que de nombreuses femmes ne postulent pas certains emplois, ou n'occupent pas de postes de direction parce qu'elles pensent qu'elles n'ont pas assez d'expérience ou de compétences. Mais les hommes, qui ont souvent moins de qualifications que les femmes, continuent à postuler, eux. Je l'ai souvent dit moi-même et je l'entends tout le temps : « Les titres ne sont pas vraiment importants. » Mais en réalité, ils le sont. Souvent, c'est votre titre qui vous permettra de rencontrer des gens ou de faire valoir vos idées. Les femmes ont la responsabilité de s’imposer. Lorsque nous le ferons, il se passera des choses vraiment positives pour cette industrie.

 

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Une partie importante de l'éducation consiste à briser les mythes courants sur le cannabis. Mme Barinder partage trois idées fausses, qu’elle tient à rectifier.
1

Ce n’est pas toujours qui on pense

 

Le mythe : Les personnes qui consomment du cannabis proviennent d’un certain milieu, mais pas le mien.

 

La vérité : Les consommateurs de cannabis en 2018 sont des professionnels, des mamans, des papas, des voisins âgés qui plantent de belles fleurs dans leur cour, des candidats au doctorat et tout le monde entre les deux.

2

Drôle de voisinage

 

Le mythe : Consommer du cannabis, c'est fumer un joint.

 

La vérité : Alors que les enquêtes montrent que beaucoup de gens sont préoccupés par les impacts sociaux de la consommation de cannabis près des écoles et des parcs, par exemple, plusieurs ne savent toujours pas qu'il existe d'autres façons de consommer (comme les produits à usage topique, les comestibles, les teintures, le vapotage) et que ces méthodes vont gagner en popularité.

3

De l'argent facile

 

Le mythe : L'industrie du cannabis est une ruée vers l'or ; bientôt, tout le monde va en faire pousser et en vendre.

 

La vérité : Même si l'industrie du cannabis créera de nouveaux emplois et de nouvelles sources de revenus, nous devons mieux éduquer les consommateurs canadiens avant que cette industrie ne prospère ici.

 

Les consommateurs canadiens sont des "traditionalistes" et veulent savoir si le produit qu'ils consomment est non seulement de la plus haute qualité, mais qu’en plus il est sécuritaire. Je pense que cinq ans, c'est un bon délai pour s'attendre à ce que nous ayons réglé certains des problèmes et simplifié certains des règlements. Il faudra du temps pour que les gens comprennent que le CBD est davantage un produit naturel pour la santé, et qu'il provient d’une souche différente des produits de THC. Même avec les produits à base de THC, je pense que dans cinq ans, il y aura une normalisation du cannabis dans son ensemble : nous le verrons lors d'événements sociaux dans les aliments et les boissons infusées et ce sera aussi commun que le ginkgo biloba ou l'huile de lin. Mais d’ici là, nous avons du travail à faire !